Vue extérieure d'une tiny house et d'une yourte dans un cadre naturel français, illustrant les habitats légers réglementés
Publié le 18 mai 2024

Installer une tiny house ou une yourte pour les vacances semble simple, mais se heurte souvent à un mur réglementaire complexe et frustrant.

  • La légalité de votre projet dépend de la qualification juridique de votre habitat (fixe ou mobile) et du zonage du terrain (PLU).
  • L’autonomie n’exclut pas les contrôles : les systèmes comme la phytoépuration sont soumis à l’avis strict du SPANC.

Recommandation : Avant de louer un terrain ou de vous lancer, la clé est de consulter le PLU en mairie et de dialoguer en amont pour valider la faisabilité de votre projet.

L’aspiration à des vacances plus simples, plus proches de la nature, n’a jamais été aussi forte. La tiny house, la yourte ou la cabane dans les bois incarnent cette quête de minimalisme et de déconnexion. Pourtant, ce rêve se confronte rapidement à une réalité bien française : un droit de l’urbanisme dense, précis et souvent perçu comme une forteresse imprenable. Beaucoup s’imaginent qu’un habitat léger, parce que mobile ou de petite taille, échappe à toute règle. C’est la première et la plus coûteuse des erreurs, menant à des conflits de voisinage, des mises en demeure et, au final, à l’abandon du projet.

Les conseils génériques abondent, se limitant souvent à un laconique « renseignez-vous auprès de votre mairie ». Si ce conseil est juste, il est insuffisant. Il ne donne pas les clés de compréhension. Et si, au lieu de subir la réglementation comme une contrainte, on apprenait à en comprendre la logique pour en faire une alliée ? L’esprit de la loi en matière d’urbanisme n’est pas d’interdire pour le plaisir, mais d’organiser le territoire, de protéger les ressources (agricoles, naturelles) et d’assurer la salubrité publique. Comprendre cette logique d’urbanisme est le seul moyen de monter un projet solide.

Cet article n’est pas une simple liste d’autorisations. Il se propose de vous équiper de la grille de lecture d’un juriste en urbanisme. Nous décrypterons ensemble pourquoi un habitat sur pilotis protège plus que le sol, comment la phytoépuration engage votre responsabilité, et quelle est la différence fondamentale entre un Parc National et un Parc Régional. En maîtrisant ces concepts, vous ne demanderez plus seulement « ai-je le droit ? », mais vous saurez « pourquoi et comment mon projet peut être accepté ».

Pour naviguer avec clarté dans ce cadre juridique, cet article est structuré pour répondre progressivement à toutes vos interrogations. Le sommaire suivant vous guidera à travers les concepts clés, de l’impact au sol à la déconnexion numérique, en passant par les démarches administratives incontournables.

Pourquoi l’habitat réversible sur pilotis est-il meilleur pour la biodiversité du sol ?

Avant d’être une question de style, le choix d’un habitat sur pilotis est une prise de position juridique et écologique. Le concept fondamental qui séduit de plus en plus les urbanistes et les élus locaux est celui de la réversibilité. Un sol vivant est un écosystème complexe et fragile. Le couvrir d’une dalle de béton, c’est l’asphyxier et l’imperméabiliser, détruisant pour des décennies la microfaune et les échanges hydriques qui le composent. L’habitat sur pilotis, au contraire, préserve cette « continuité écologique ». Il touche le sol en des points précis, laissant l’air, l’eau et la vie circuler en dessous. C’est cet argument qui change la donne face à l’administration.

La reconnaissance de ce principe n’est pas qu’une posture philosophique, elle est inscrite dans la loi. En effet, depuis la loi ALUR de 2014, l’habitat réversible bénéficie d’une reconnaissance légale via l’article R.111-51 du Code de l’urbanisme. Cette loi reconnaît les résidences démontables constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs. Pour être qualifié de « réversible », un habitat doit pouvoir être désassemblé sans laisser de traces significatives, reposant sur des fondations légères comme des vis ou des technopieux, et non sur une chape de béton. Cette qualification juridique est votre meilleur atout.

L’efficacité de cet argument a été prouvée sur le terrain. Un projet communal peut servir d’inspiration pour tout porteur de projet souhaitant convaincre sa mairie du bien-fondé de sa démarche.

Étude de Cas : Le hameau léger de Daumeray, un projet communal exemplaire

La commune de Daumeray (Maine-et-Loire) a brillamment illustré comment l’argument de la réversibilité peut être un moteur de projet. En mettant à disposition un terrain communal de 4 800m² via un bail de 99 ans, elle a permis la création d’un hameau de 7 habitats réversibles. Le projet inclut des espaces communs (cuisine, buanderie) dans une maison rénovée, démontrant une intégration réussie. C’est précisément parce que le projet garantissait la préservation des sols et une absence d’imperméabilisation que les élus ont été convaincus, créant un précédent inspirant pour d’autres territoires.

En somme, opter pour des pilotis n’est pas une simple contrainte technique, c’est une stratégie juridique. Vous ne proposez pas simplement « une cabane », mais un projet qui s’inscrit dans une logique d’urbanisme durable et respectueux des sols, un langage que les institutions comprennent de mieux en mieux.

Comment vivre à 4 dans 15m² sans se marcher dessus le temps d’un week-end ?

Le défi de la vie en tiny house, surtout en famille, n’est pas tant une question de mètres carrés que d’intelligence d’aménagement et de définition des espaces. Vivre confortablement à quatre dans une surface de 15m² le temps de vacances exige de repenser l’habitat non pas comme une surface figée, mais comme un volume modulable. L’optimisation est le maître-mot, et elle repose sur trois piliers : la modularité du mobilier, l’exploitation de la verticalité et la définition de zones psychologiques.

L’aménagement d’un tel espace est un exercice de style où chaque objet doit avoir plusieurs fonctions. Une table se replie pour devenir une paroi, un canapé cache des rangements volumineux, et une marche d’escalier se transforme en tiroir. La réglementation française elle-même pousse à cette ingéniosité. En effet, de nombreux habitats légers visent une surface au sol inférieure à 20m² pour rester dans le régime de la déclaration préalable de travaux, plus simple que le permis de construire. Cette contrainte légale devient un moteur d’innovation en design.

Comme le montre cette image, la clé réside dans l’utilisation de l’espace vertical. La mezzanine, souvent d’une hauteur inférieure à 1,80m pour ne pas être comptabilisée dans la surface de plancher, devient un espace de couchage cosy et isolé. Les espaces de vie commune, eux, sont conçus pour être transformables. Le coin repas du matin devient l’aire de jeux de l’après-midi, puis un espace salon le soir. Il s’agit d’une chorégraphie quotidienne où chaque membre de la famille apprend à utiliser l’espace et à le « libérer » pour les autres. La lumière, grâce à de larges ouvertures, joue aussi un rôle crucial pour effacer la sensation d’enfermement.

Finalement, le secret ne réside pas dans l’espace physique, mais dans les règles de vie et le respect mutuel. Définir des « coins » personnels, même symboliques, et s’accorder sur des moments de tranquillité partagés est aussi important que le choix du canapé-lit. C’est une initiation pratique au minimalisme relationnel : posséder moins, mais interagir mieux.

Autonomie en eau : comment fonctionne la phytoépuration d’une Tiny House ?

L’autonomie est l’un des grands mythes de l’habitat léger. Si l’indépendance énergétique est relativement simple à atteindre avec des panneaux solaires, l’autonomie en eau est une affaire bien plus complexe et surtout, strictement réglementée. La phytoépuration, ou assainissement par les plantes, est une solution élégante et écologique pour traiter ses eaux usées (eaux grises : douche, vaisselle). Le principe est de recréer un marais filtrant à petite échelle : les eaux traversent un bac rempli de substrats (graviers, sable) et planté de végétaux spécifiques (roseaux, iris) dont les racines développent des bactéries qui épurent l’eau. Mais attention, « autonome » ne signifie pas « hors-la-loi ».

En France, tout rejet d’eaux usées non raccordé à l’assainissement collectif est de la compétence du Service Public d’Assainissement Non Collectif (SPANC). Ce service, géré par votre commune ou intercommunalité, est votre interlocuteur unique et obligatoire. Installer un système de phytoépuration sans son accord est illégal et vous expose à de lourdes sanctions. La procédure est rigoureuse et son examen de projet est payant, selon le tarif applicable dans plusieurs intercommunalités françaises qui est souvent autour de 200€ pour un dossier de conception.

La démarche auprès du SPANC est une procédure administrative en plusieurs étapes qu’il est impératif de suivre à la lettre pour obtenir une attestation de conformité. Voici le cheminement type à respecter :

Votre plan d’action pour une installation d’assainissement conforme :

  1. Prise de contact initiale : Contactez le SPANC de votre commune dès le début de votre projet, en parallèle de vos démarches d’urbanisme. Présentez votre projet d’habitat léger et votre souhait d’installer une phytoépuration pour obtenir un premier avis de faisabilité.
  2. Étude de sol obligatoire : Mandatez un bureau d’études agréé pour réaliser une étude de sol et de filière. Ce document technique est non négociable et déterminera le type et le dimensionnement de votre système.
  3. Dépôt du dossier de conception : Soumettez au SPANC un dossier complet incluant l’étude de sol, le plan de masse de votre installation sur la parcelle, et les plans techniques du système de phytoépuration choisi.
  4. Attente de l’avis technique : Le SPANC instruit votre dossier et vous délivre (ou non) un avis favorable sur la conception et l’implantation de votre projet. Ne commencez aucun travaux avant cet accord.
  5. Contrôles de réalisation : Informez le SPANC avant le début des travaux, puis impérativement avant de remblayer les installations. Un technicien viendra sur place pour un contrôle de bonne exécution qui validera la conformité de votre installation.

Ignorer cette procédure peut avoir des conséquences financières sévères. En cas de non-conformité avérée et après mise en demeure, le propriétaire s’expose à une majoration de sa redevance d’assainissement pouvant aller jusqu’à 400%, voire à l’exécution de travaux d’office à ses propres frais. La phytoépuration est une solution formidable, à condition de la mettre en œuvre dans le respect du cadre qui garantit la protection de la santé publique et de l’environnement.

L’erreur de louer un terrain non constructible pour poser sa yourte de vacances

C’est le scénario le plus courant et le plus dangereux : trouver une annonce pour un « terrain de loisir » ou une parcelle agricole à bas prix et s’imaginer pouvoir y poser sa yourte ou sa tiny house pour les vacances. C’est ignorer le document le plus important de l’urbanisme français : le Plan Local d’Urbanisme (PLU). Ce document, consultable en mairie ou en ligne sur le Géoportail de l’Urbanisme, est la « constitution » de la commune. Il découpe le territoire en différentes zones (U, A, N…) où les règles de construction et d’occupation du sol sont radicalement différentes.

Poser son habitat, même pour quelques semaines, dans une zone où il n’est pas autorisé est une infraction au Code de l’urbanisme. L’erreur fondamentale est de croire qu’un terrain « non constructible » est un espace de liberté. En réalité, « non constructible » signifie souvent « protégé » (zone agricole, zone naturelle). Tenter d’y installer un habitat léger sans autorisation spécifique, c’est s’exposer à une procédure administrative, une obligation de démontage et une amende. La clé est de comprendre le zonage avant même de contacter le propriétaire du terrain.

Pour y voir clair, il est essentiel de comprendre la signification des principales zones d’un PLU et leurs implications pour un projet d’habitat léger de loisir. Le tableau suivant synthétise les informations vitales à connaître.

Comparatif des zones du Plan Local d’Urbanisme (PLU) pour l’habitat léger
Zone PLU Désignation Constructibilité habitat léger Conditions spécifiques
Zone U Zone Urbaine ✅ Autorisée Déclaration préalable si installation > 3 mois. Respect du zonage d’assainissement obligatoire
Zone A Zone Agricole ⛔ Interdite (sauf exception) Réservée aux constructions nécessaires à l’exploitation agricole. Agriculteur obligatoire
Zone N Zone Naturelle et Forestière ⛔ Interdite Zone protégée, aucune construction permise sauf dérogations très exceptionnelles
STECAL (Pastilles) Secteurs de Taille et Capacité d’Accueil Limitées ✅ Autorisée sous conditions Zones exceptionnelles en A ou N. Déclaration préalable si < 40m², permis d’aménager si > 40m²

Ce tableau, dont les données sont issues d’une analyse comparative des possibilités d’installation, montre qu’il existe des solutions, notamment via les fameuses « pastilles » STECAL. Ces secteurs dérogatoires, spécifiquement prévus dans le PLU, sont le Graal pour l’habitat léger en zone non-constructible. Les identifier est un travail de détective qui commence par l’étude approfondie des documents d’urbanisme. L’accord verbal d’un propriétaire n’a aucune valeur juridique face à un PLU. Votre seul allié est une autorisation écrite, basée sur une réglementation favorable.

Quand louer une Tiny House pour valider un projet de vie future ?

Avant de se lancer dans l’autoconstruction ou l’achat d’un habitat léger, qui représente un investissement financier et personnel conséquent, la location est une étape de validation indispensable. Mais attention, il ne s’agit pas de passer un simple week-end de vacances. Il s’agit de mener une véritable étude de faisabilité « en conditions réelles ». Louer une tiny house doit être abordé comme une mission d’investigation pour tester non seulement le mode de vie minimaliste, mais aussi et surtout, pour comprendre les contraintes administratives et pratiques qui l’accompagnent.

Le choix du lieu de location est stratégique. Il ne s’agit pas de trouver le plus bel endroit, mais le plus instructif. En variant les contextes de location, on peut expérimenter différentes facettes de la réglementation et des relations humaines qu’elle engendre.

Étude de Cas : La « tournée des régimes juridiques » pour un test complet

Pour valider un projet de vie, une approche méthodique consiste à expérimenter trois cadres d’installation distincts. Premièrement, louer dans un Parc Résidentiel de Loisirs (PRL) permet de comprendre un environnement très encadré, avec services mais souvent sans possibilité de domiciliation. Deuxièmement, louer sur un terrain privé via une plateforme spécialisée vous confronte directement aux négociations avec un propriétaire et à l’arbitrage de la mairie. Enfin, un séjour dans un éco-hameau révèle la dynamique d’un projet collectif, la mutualisation des démarches et la gestion des espaces communs. Cette expérience comparative permet de « sentir » la différence entre la liberté administrative offerte par chaque statut et les contraintes qui en découlent.

Lors de ces séjours, le dialogue avec le propriétaire est votre source d’information la plus précieuse. Ne soyez pas un simple locataire, soyez un enquêteur. Préparez une liste de questions précises pour comprendre son parcours, ses difficultés et ses réussites. C’est une occasion unique d’apprendre des erreurs des autres.

  • Assurance : « Avez-vous souscrit une assurance spécifique pour habitat léger ? Puis-je en voir les termes pour anticiper mes propres démarches ? »
  • Urbanisme : « Comment avez-vous présenté le projet à la mairie ? S’agissait-il d’une déclaration préalable, d’un permis d’aménager, ou bénéficiez-vous d’une simple tolérance ? »
  • Fiscalité : « Quel est le régime fiscal applicable à votre installation ? Payez-vous une taxe de séjour, une taxe d’habitation, ou une autre redevance ? »
  • Accompagnement : « Avez-vous fait appel à des experts, comme un architecte-conseil du CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) ? »
  • Statut du terrain : « Le terrain est-il en zone constructible, en STECAL, ou sous un autre régime ? Quelle autorisation a-t-il fallu obtenir ? »

Cette phase de test est un investissement en temps qui vous fera économiser énormément d’argent et d’énergie plus tard. Elle transformera vos hypothèses en certitudes et vous permettra d’affiner votre projet de vie sur des bases solides et réalistes.

Cabane perchée ou Bulle transparente : laquelle choisir pour une première nuit sans électricité ?

Le désir d’une immersion totale dans la nature, loin du bruit et de la lumière des villes, mène souvent à la recherche d’une expérience d’hébergement insolite. Pour une première nuit sans électricité, la cabane perchée et la bulle transparente sont deux options emblématiques, mais elles n’offrent ni la même expérience, ni le même cadre juridique pour le propriétaire, ce qui a des conséquences pour le locataire. La cabane perchée, solide et rassurante, offre un sentiment de nid protecteur au cœur de la forêt. La bulle transparente, elle, propose une immersion sensorielle radicale, avec le ciel étoilé pour seul plafond.

Au-delà de l’expérience, la différence fondamentale entre ces deux habitats est leur qualification juridique. Comprendre cette distinction permet de mesurer le niveau de professionnalisme et de sécurité offert par l’exploitant. Une cabane perchée est généralement considérée comme une Habitation Légère de Loisirs (HLL), une construction en dur soumise à des règles d’urbanisme et de sécurité précises. La bulle, si elle est facilement et rapidement démontable, peut être assimilée à une simple tente, échappant à de nombreuses contraintes. Cette différence n’est pas neutre en termes de responsabilité et d’assurance.

Le choix pour une première expérience dépend donc de votre profil. Recherchez-vous le frisson de l’immersion totale ou le confort sécurisé d’une structure éprouvée ? Le tableau suivant, basé sur une analyse des réglementations applicables, détaille les implications juridiques et pratiques de chaque option pour vous aider à décider en toute connaissance de cause.

Comparatif juridique et pratique : Cabane HLL vs Bulle démontable
Critère Cabane perchée (HLL) Bulle transparente
Statut juridique Habitation Légère de Loisirs (HLL) – Article R.111-37 Structure itinérante assimilée à tente si facilement démontable
Autorisation d’urbanisme Déclaration préalable ou permis de construire selon surface Peut échapper à l’urbanisme pour séjours courts (<3 mois)
Réglementation ERP Soumise aux normes anti-incendie strictes (extincteur, détecteur) Souvent exemptée si considérée comme structure itinérante
Responsabilité civile propriétaire Très engagée (structure en dur, en hauteur, risques de chute) Moins engagée (structure au sol, risques limités)
Assurance nécessaire Contrat ‘hébergement insolite’ spécifique obligatoire Extension de responsabilité civile souvent suffisante
Régions privilégiées en France Dordogne, Périgord (PLU adaptés, culture touristique établie) Provence, Alpes (climat sec, tolérance pour structures légères)

Pour une première nuit, la cabane perchée offre souvent un meilleur compromis entre aventure et sécurité, l’exploitant étant tenu à des normes plus strictes. La bulle, quant à elle, propose une expérience plus brute et potentiellement moins encadrée. Votre choix doit se porter sur le type d’aventure que vous recherchez, tout en gardant à l’esprit que le cadre juridique est un indicateur fiable du niveau de sécurité.

Parc Régional ou National : où planter sa tente pour une nuit sans amende ?

L’idée de planter sa tente au cœur d’un paysage grandiose est l’essence même de l’aventure. Cependant, en France, les espaces naturels les plus spectaculaires sont souvent les plus protégés. Tenter le « camping sauvage » dans un Parc National ou un Parc Naturel Régional (PNR) sans en connaître les règles est le moyen le plus sûr de recevoir une amende et de dégrader un écosystème fragile. La première distinction à maîtriser est celle entre ces deux types de parcs : ils n’ont ni le même statut, ni les mêmes règles.

Les Parcs Nationaux sont des territoires d’exception dont la protection est une priorité nationale. Leur réglementation est définie par le Code de l’environnement et s’applique de manière stricte et relativement uniforme sur tout le territoire. À l’inverse, les Parcs Naturels Régionaux (PNR) sont des territoires habités, créés sur la base d’un projet de développement durable concerté. Chaque PNR possède sa propre charte, et donc sa propre réglementation en matière de bivouac. Ce qui est toléré dans le Morvan peut être formellement interdit dans la Forêt d’Orient.

La règle d’or est donc de ne jamais faire de suppositions. Le bivouac (une seule nuit, du coucher au lever du soleil) est parfois toléré sous conditions très strictes, tandis que le camping (plusieurs nuits au même endroit) est quasiment toujours interdit. Ce tableau, s’appuyant sur les règles officielles des Parcs Nationaux de France, clarifie les différences majeures.

Comparatif des règles de bivouac : Parcs Nationaux vs Parcs Naturels Régionaux
Type de Parc Cadre juridique Règles de bivouac Exemples concrets
Parcs Nationaux Code de l’environnement – Règles unifiées et strictes Autorisé 19h-9h à +1h de marche des accès routiers. Interdit : Calanques, Port-Cros, Porquerolles Parc National des Cévennes : bivouac autorisé avec tolérance élevée (tradition locale)
Parcs Naturels Régionaux (PNR) Charte propre à chaque parc – Règles variables Chaque PNR définit sa propre réglementation. Pas de règle nationale PNR du Morvan : bivouac encouragé via application mobile. PNR Forêt d’Orient : bivouac totalement interdit

Face à cette complexité, la solution la plus sage et respectueuse est de se tourner vers les alternatives légales qui permettent une immersion en nature sans risquer d’amende. Ces options offrent un cadre sécurisé tout en soutenant l’économie locale et une forme de tourisme durable.

  • Aires naturelles de camping : Gérées par des communes ou des privés, elles sont limitées en taille (30 emplacements max) et offrent un contact direct avec la nature.
  • Camping à la ferme : Des réseaux comme « Accueil Paysan » proposent des emplacements dédiés chez des agriculteurs, une occasion unique de découvrir le terroir.
  • Bivouac près des refuges : Dans certains Parcs Nationaux (Vanoise, Écrins), il est possible de bivouaquer près des refuges, parfois sur réservation.
  • Applications et offices de tourisme : Avant de partir, consultez systématiquement le site de l’office de tourisme ou les applications mobiles dédiées des Parcs, qui listent les zones autorisées.

À retenir

  • La réversibilité est la clé : Un habitat qui n’imperméabilise pas le sol (sur pilotis) a un avantage juridique majeur (Loi ALUR).
  • Le PLU est votre boussole : La zone (U, A, N, STECAL) dicte tout ; ignorer le Plan Local d’Urbanisme est la première cause d’échec.
  • L’autonomie est réglementée : Être « off-grid » ne signifie pas être hors-la-loi. L’assainissement (SPANC) et le bivouac sont strictement encadrés.

Hébergement insolite : comment vivre une « Digital Detox » radicale en pleine nature ?

Au-delà du cadre juridique, le choix d’un hébergement insolite répond souvent à un besoin plus profond : celui de la déconnexion. Dans une société hyperconnectée, le véritable luxe n’est plus le confort matériel, mais le silence et l’absence de sollicitations numériques. Vivre une « digital detox » radicale, ce n’est pas seulement éteindre son téléphone, c’est choisir un lieu où le rallumer est physiquement impossible : une zone blanche. La France rurale regorge de ces territoires où le réseau ne passe pas, transformant une contrainte technique en une opportunité de ressourcement.

Choisir un séjour en yourte, en cabane ou en refuge dans une vallée reculée des Cévennes, du Vercors ou du Jura, c’est s’offrir un sevrage numérique forcé et bénéfique. L’ennui initial laisse rapidement place à une nouvelle forme d’attention : on observe la nature, on lit, on discute, on ne fait « rien », et c’est précisément ce rien qui est réparateur. Le rythme ralentit, se cale sur celui du soleil et non plus sur celui des notifications. C’est une expérience qui peut être déstabilisante au début, mais qui révèle notre niveau de dépendance et nous réapprend à être présents au monde.

Paradoxalement, c’est la complexité du droit de l’urbanisme qui préserve ces sanctuaires de déconnexion. En classant ces territoires en zones naturelles (Zone N) ou agricoles (Zone A) et en y interdisant la plupart des constructions, le législateur protège involontairement ces espaces de l’urbanisation et de l’installation d’antennes-relais. Cette idée est brillamment résumée dans une analyse de l’association Hameaux Légers, qui a beaucoup œuvré pour la reconnaissance de ces habitats.

Le droit de choisir un lieu de vie non soumis à la connectivité permanente est paradoxalement protégé par les règles d’urbanisme qui limitent la construction dans des zones naturelles reculées.

– Analyse juridique sur l’habitat léger, Hameaux Légers – Réglementation de l’habitat réversible

Ainsi, la recherche d’un habitat léger pour les vacances peut se conclure par une prise de conscience : la réglementation, souvent vue comme un obstacle, est aussi ce qui garantit la préservation des paysages et des zones de silence que nous chérissons. Apprendre à la connaître, c’est apprendre à lire une carte qui mène non seulement à des lieux, mais aussi à des expériences de vie authentiques.

Pour transformer votre rêve d’habitat léger en une réalité sereine, la première étape n’est pas de trouver le terrain, mais de maîtriser sa réglementation. Évaluez dès maintenant la conformité de votre projet avec les règles d’urbanisme locales, engagez le dialogue avec les mairies et faites de la loi votre meilleure alliée.

Rédigé par Sophie Delorme, Architecte diplômée de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble avec 15 ans de pratique. Elle est spécialisée dans l'habitat passif, les tiny houses et l'utilisation de matériaux naturels comme le chanvre. Elle audite également la performance énergétique des hébergements touristiques.